RAPPORT DES TENDANCES KINNARPS PARTIE 5. Quand l'humain supplante le financier

2013-11-19

Les salaires étaient autrefois la principale source de bonne humeur des employés. Mais le Rapport des tendances Kinnarps indique que les facteurs humains, tels que l'influence, l'affirmation et l'engagement, sont aujourd'hui considérés comme plus importants.

Les employeurs avaient sans doute la vie plus facile à l'époque où les environnements de travail concrets basés sur les avantages matériels étaient la norme : quelques euros de plus par mois, un téléphone dernier cri et une voiture de fonction, l'accès à une maison de vacances près d'une station de ski...

L'arrivée d'une nouvelle génération sur le marché du travail et le passage d'une ère industrielle à une économie réfléchie ont modifié de diverses façons la relation entre entreprises et employés :

• Les questions qui motivent les employés deviennent plus personnelles, ce qui requiert plus d'attention de la part des employeurs.

• Les avantages abstraits sont considérés comme bien plus importants.

« Les facteurs humains deviennent de plus en plus importants. Ils ont un effet déterminant sur les entreprises car ils permettent de générer des revenus et de réaliser des profits à long terme », explique Thomas Fürth, directeur de recherche dans la société de recherche et de conseil Kairos Future.

D'après une enquête internationale réalisée par Kairos Future, les conditions les plus importantes du bonheur au travail sont la capacité à influencer la situation de travail et à obtenir la reconnaissance et le feedback de ses responsables et collègues, afin de se sentir impliqué dans le travail à effectuer et de l'apprécier.

Chaque année, la société de conseil en management et recherche Great Place to Work établit un classement des meilleurs lieux de travail de 45 pays du monde.

Deux tiers des évaluations se basent sur les expériences du personnel sur le lieu de travail, tandis que les questions restantes concernent l'équipe de gestion ou le service des ressources humaines de l'entreprise.

Microsoft occupe la tête du classement des meilleurs lieux de travail de Suède pour la troisième année consécutive dans la catégorie des grandes entreprises. Le géant de l'informatique américain ne tente pas de gagner en proposant de meilleurs avantages à ses employés ; il les motive en leur offrant la meilleure motivation qui soit, à savoir un travail agréable avec des perspectives d'avancement. Les employés suédois sont par exemple autorisés à travailler pour des projets non lucratifs trois jours par an tout en étant payés. Certains décident alors de faire un don de cellules souches, d'autres d'apporter leur soutien à des proches souffrant d'alcoolisme, d'autres encore de donner des cours d'informatique dans des écoles et maisons de repos...

De 2007 à 2010, SAS Institute, la plus grande société privée de logiciels au monde était en tête des meilleurs lieux de travail de Suède. L'entreprise ne motive pas ses employés par des primes généreuses, mais par des horaires flexibles, une liberté responsable, une semaine de travail de 35 heures et une aide au télétravail.

La rotation du personnel de SAS Institute se maintient à deux pour cent depuis un bon moment, alors que ce chiffre est de 20 pour cent pour les autres entreprises du secteur.

« Les choses qui sont importantes pour les employés le sont également pour les employeurs. Les employés heureux font preuve de plus de loyauté et d'engagement. Il en découle des avantages financiers évidents pour les employeurs », explique Beata Osiecka, Directrice générale chez Kinnarps Poland, avant d'ajouter :

« Les employeurs savent que leurs employés sont leur principal atout, et peut-être même encore plus que ça : ils sont le cœur de l'entreprise. Ils font donc tout leur possible pour les attirer et les garder. »

Il est cependant surprenant de constater qu'il existe encore un fossé entre la façon dont managers et employés perçoivent les avantages.

Une enquête montrent que 65 % des managers pensent que l'argent est la principale motivation des employés, alors qu'en réalité cette opinion est seulement partagée par 18 % de ces derniers. Les employeurs qui parviennent à identifier les souhaits individuels de leurs employés en termes d'influence, d'affirmation et d'engagement disposent, en d'autres termes, des outils nécessaires pour les rendre plus motivés et plus heureux, et ainsi économiser de l'argent.

La tendance au renforcement des facteurs humains est cohérente avec le développement social dans son ensemble.

La recherche de valeurs supérieures, authentiques et chargées de sens autres que celles résumées aux dernières lignes du rapport annuel est une tendance qui gagne de plus en plus de terrain. Dans notre région du monde, qui est peut-être la plus laïcisée, les employeurs ont sans doute encore plus besoin d'incarner autre chose que la recherche de profit maximal. Le travail n'est plus un endroit où nous nous rendons, c'est quelque chose en quoi nous voulons croire. Le profit personnel n'est donc plus la seule chose qui compte pour les employés d'aujourd'hui. La responsabilité sociale et les valeurs d'entreprise ont pris plus d'importance avec le temps, et la RSE s'est transformée en quelques années seulement ; autrefois un luxe, elle est devenue un élément indispensable. Les employés et les clients accordent en effet de plus en plus d'importance aux facteurs humains. Et Tim Oldman, PDG de Leesman Index qui analyse les lieux de travail, de conclure :

« Nous faisons des progrès dans la compréhension des effets qu'ont les facteurs humains sur les entreprises. En principe, les facteurs humains peuvent être convertis en valeurs d'entreprise. »

 

Saviez-vous que...

... Daniel Pink, auteur et ancienne plume d'Al Gore, est à l'origine de plusieurs études ayant montré que différents types de facteurs de motivation tangibles peuvent réduire la motivation intrinsèque, nuire à la performance, tuer la créativité et décourager les comportements exemplaires. Des récompenses concrètes peuvent favoriser des comportements non souhaités tels que la tricherie et la tromperie, créant ainsi un climat de dépendance et de réflexion à court terme.

... seuls 31 % des employés se considèrent dévoués au travail, selon une étude sur l'engagement des employés menée par le cabinet-conseil BlessingWhite. 

... 90 % des jeunes Suédois estiment que le développement personnel doit être la priorité d'une carrière.