La révolution silencieuse

2016-04-29

La barrière entre son et bruit peut quelquefois être ténue. Nous ne sommes pas tous gênés, stressés ou fatigués par les mêmes choses, et ces sensations sont également conditionnées par notre humeur du jour. C'est pourquoi il est crucial de crier haut et fort comment nous percevons les bavardages, les rires et les murmures sur notre lieu de travail. Il faut discuter des perturbations sonores.

Lisbeth Forsberg, responsable de l'acoustique et de la certification environnementale chez Kinnarps, considère que l'« ergonomie du son » est un domaine relativement négligé, sur nos lieux de travail, mais également dans la société en général. Des efforts monumentaux ont été déployés au niveau de l'architecture et de la décoration d'intérieur, mais il arrive que l'expérience globale soit gâchée par un environnement acoustique désagréable dont l'on a fait abstraction.

« Le son est un domaine extrêmement complexe. Premièrement, il touche à la physique de pointe. Deuxièmement, n'étant ni palpable ni visible, le son s'oublie facilement. De ce fait, la plupart des gens ne se penchent pas sur leur environnement acoustique, bien qu'il soit établi que le son affecte notre santé, notre bien-être et nos performances. »

Kinnarps a été l'une des premières sociétés à s'intéresser à l'ergonomie du son, mesurant celui-ci sur le lieu de travail dans le but de pouvoir créer des environnements acoustiques plus accueillants. Ce domaine s'est largement développé au cours des années 90. Ces dernières années, la sensibilisation aux aspects sonores s'est considérablement accrue.

« J'ai l'impression que le développement technologique, qui s'est traduit par un travail plus souple et dans un espace plus ouvert, a placé l'environnement acoustique au centre des débats. Chez Kinnarps, nous avons mis au point, conjointement avec nos collègues du secteur, des normes communes de mesure de l'isolation phonique pour nos produits. »

Lisbeth Forsberg souligne que la législation cadre bien les bruits dangereux pour l'acuité auditive, mais les limites sont plus vagues pour ceux qui sont « seulement » ennuyeux.

« Nous savons que le son affecte grandement nos performances et qu'il peut causer stress, maux de tête et problèmes de concentration, mais aussi douleurs physiques aux épaules et au cou. Malgré cela, il est inévitable sur le lieu de travail. Et lorsqu'il prend la forme d'une discussion entre collègues, de rires ou de musique, l'on voit sa facette positive. Un silence monacal n'est pas forcément mieux. Tous les sons ne sont pas des bruits. Et en effet, il y a certains sons que nous voulons entendre, et que nous avons même besoin d'entendre aussi bien que possible. Ce que nous qualifions de gênant est très subjectif. Nous réagissons différemment à l'égard des sons. Et notre ressenti peut fluctuer d'un jour à l'autre. Il suffit que nous soyons fatigués, stressés ou que nous devions nous concentrer sur une tâche particulièrement difficile pour qu'un simple éclat de rire ou une conversation téléphonique nous agace plus que de coutume », déclare Lisbeth Forsberg.

La question est de savoir comment créer un bon environnement acoustique. Étant donné que la sensibilité aux sons dépend des personnes, des jours et des tâches, la solution est un environnement modulable décliné en divers paysages sonores. Pour bien commencer, il est conseillé de demander l'aide d'un expert, qui analysera le lien entre les processus de travail et l'environnement, suggérera une procédure d'élimination des interférences superflues et indiquera les éventuels isolateurs phoniques supplémentaires requis. Ce dernier vous parlera des produits spéciaux, tels que les cloisonnettes et cloisons et les systèmes muraux de toutes sortes, et jaugera l'environnement dans son ensemble afin de trouver un bon équilibre au moyen d'isolateurs naturels comme les rideaux, les tapis et le mobilier.

« Je préconise de démarrer systématiquement avec un aménagement de base, puis de le réarranger une fois que les lieux sont occupés. Ce n'est en effet qu'à ce moment-là que vous vous rendrez compte de l'ambiance sonore. Forsberg poursuit : « les panneaux acoustiques présentent un second avantage, hormis leur capacité à absorber les sons, puisqu'ils apportent une certaine modularité au lieu de travail et une adaptabilité aux nouvelles configurations ».

Isoler les machines et les coins bruyants, où l'on entend comme un bourdonnement ou avec un niveau sonore légèrement supérieur à la normale (imprimantes, ascenseurs, zones de passage, cantines et espaces d'accueil) est capital. Les panneaux acoustiques entre les espaces de travail amortissent le son dans les « open spaces » tout en préservant les bienfaits d'une plus grande proximité et d'une communication intensifiée. De plus, les pièces séparées pour des réunions courtes ou longues contribuent à un meilleur environnement acoustique.

« Vous pouvez aussi prendre garde à votre comportement. Si vous prévoyez une conversation téléphonique interminable, retirez-vous dans un coin. Et souvenez-vous qu'au téléphone, nous sommes portés à hausser le ton. Une conversation discrète est toujours appréciable », renchérit Forsberg.

L'environnement acoustique est complètement ajustable. Encore faut-il que nous en ayons conscience et que nous sachions en quoi il nous affecte. Idéalement, l'architecte du bâtiment l'aura conçu en puisant dans ses connaissances en acoustique et aura anticipé le paysage sonore.

« J'ai fait l'expérience d'une variété d'environnements pour lesquels l'acoustique avait été totalement ignorée au stade de la construction, et il peut se révéler ardu de redresser la barre par la suite. D'où l'importance de sensibiliser aux aspects sonores et à leur incidence sur notre vie professionnelle », proclame Lisbeth Forsberg. Puis elle ajoute :

« Nous recevons des signaux qui font penser que la situation évolue dans le bon sens. Une révolution silencieuse a tout l'air d'être en marche. »