Sous une meilleure lumiére

« Une lumière adaptée à l’espace de travail sera synonyme de rentabilité » selon Torbjörn Eliasson, designer industriel dirigeant White Design (WD), Göteborg, que l’on pourrait qualifier de dissident de l’éclairage.

Cet expert suédois en luminaire et éclairage a démarré sa formation pratique chez WD, qui fait partie de l’une des agences d’architectes les plus importantes de Scandinavie, plusieurs années avant d’obtenir son diplôme à l’École supérieure d’art et de design de Göteborg (HDK), à la fin des années 80. C’est un architecte d’intérieur, Olle Anderson, alors professeur à la HDK et directeur de White Design, qui a permis cette collaboration. Ce dernier est devenu un modèle pour Eliasson. En effet Anderson, en tant que designer d’intérieur et de meubles, a conçu de nombreux luminaires : le plus connu pourrait être le lampadaire Stockholm, réalisé pour un concours que Anderson et son protégé ont remporté ensemble.

C’était peu de temps avant que ce dernier ne prenne son envol et suive le même chemin que son professeur. « J’ai rejoint Ikea peu de temps après, à la suite d’une conférence que j’avais donné sur l’éclairage. Ce fut le point de départ de divers projets de conception ainsi que de nombreux séminaires et ateliers, entre autres sur le sujet de l’éclairage dans les grands magasins. Ce travail a été condensé dans un livre, intitulé Light Book. » Cette année encore, Eliasson travaille avec Ikea sur un projet consacré au développement des lampes du futur.

Encore tenu secret et devant être lancé en 2008, ce projet est mené en collaboration avec la designer spécialisée dans le verre Anne Nilsson. « Travailler avec elle est un véritable plaisir », précise l’artiste. En tant qu’éclairagiste, il a souvent été associé au fabricant suédois Blond, pour lequel il a conçu la plupart des luminaires. Mais son travail se situait
principalement au niveau architectural, et concernait l’éclairage de tous types d’environnement. Le nombre de jardins privés, par exemple, a augmenté à la vitesse de l’éclair, faisant décoller les commandes.

Des aménageurs d’espaces publics ont également affiché un grand intérêt pour les nouveaux éclairages : pour les squares et parcs de diverses villes suédoises ou encore pour un spa disposant de son parc privé, par exemple. Eliasson a toujours
travaillé avec une équipe composée, entre autres, du célèbre paysagiste Ulf Nordfjell, qui a connu cette année une notoriété internationale après avoir été récompensé pour son Linnaeus Garden, qui a reçu la médaille d’or au Chelsea Flower Show 2007.

« La lumière n’est pas qu’une question de technologie », indique Eliasson, installé dans une salle de conférence vitrée du siège de White Design, à Göteborg.« Calculer la plus-value n’est tout simplement pas mon truc. Je préfère partir d’une expérience réelle et la mettre en valeur. Cet aspect est souvent sous-estimé car il est difficilement mesurable. »

Confort et fonctionnalité sont des paramètres indissociables, selon lui. L’important est de configurer et de définir l’espace afin de sublimer ses dimensions horizontales et verticales. Son expérience chez Ikea, grâce à laquelle il a pu appréhender différents niveaux de la conception, s’avère très utile. La réflexion de la lumière et ses variations ont en effet un impact extrêmement important sur un environnement épuré. Ainsi, la première étape est toujours de considérer le type de lumière souhaité dans un environnent donné. Plus l’idée que l’on en a est précise, mieux c’est. Des environnements de travail fonctionnels ainsi que des marques d’envergure peuvent être élaborés en tenant compte de la lumière afin de contribuer à une meilleure rentabilité.

La mise en place d’une lumière adaptée repose sur l’empathie et la psychologie, selon Eliasson. Safaçon de parler de lumière, compréhensible car peu technique, est souvent pimentée de termes familiers. Les termes tels que le confort et l’originalité sont pour lui des éléments essentiels lorsqu’il s’agit de concevoir des luminaires.

« Oui, cet aspect est très important, entre autres pour sublimer l’esprit de la marque. Si la première impression d’un client sur une société est une entrée très sombre, son jugement en sera affecté. Mais s’il perçoit cette entrée comme intéressante et sophistiquée,
un effet pouvant être obtenu grâce à un bon éclairage, cette image sera associée à la société. » L’agenceWhite Architects, dont la société d’Eliasson fait partie, est très impliquée dans l’architecture et la décoration d’intérieur.

L’éclairage n’est pas toujours un élément clé dans les projets. Mais il considère la collaboration des architectes et des designers spécialisés dans l’éclairage comme extrêmement importante. Il s’agit de jouer avec la lumière naturelle et la lumière artificielle.
La base d’un bon éclairage est une répartition intelligente de la lumière, pour guider l’oeil via des champs et des points de lumière.Toutefois, ceci ne signifie pas supprimer l’obscurité, d’après Eliasson. Au contraire.

« Non, nous ne devons pas négligé l’importance des contrastes », précise-t-il. Il est important de ne pas penser en termes d’éclairage. Nous ne devons pas penser simplement à la lumière mais à ses contrastes,vivants et variés.Contrastes entre la lumière et l’obscurité, les ombres et la lumière du jour, le chaud et le froid et diverses palettes de couleurs. Si elle est bien employée,la lumière peut remplir diverses fonctions et donner vie à un environnement. Lorsque nous connaissons le type de lumière souhaité,
il est plus facile de choisir les lampes appropriées. En prenant en compte tous ces éléments, une nouvelle vision de l’éclairage se met en place.

L’ancien principe selon lequel le juste équilibre entre une lumière naturelle et des spots savamment orientés est toujours d’actualité. Toutefois, un éclairage réussi ne repose pas sur un simple plafonnier placé au-dessus de chaque employé. Comme le souligne Eliasson, il repose davantage sur des lampes placées sur des surfaces verticales, souvent pour éclairer les murs, et idéalement sur une lumière oblique.Associée à une légère lumière naturelle, la pièce prend alors vie. La pièce est définie d’un point de vue architectural et apparaît comme lumineuse et avec une ambiance définie.

Ingrid Sommar