Alexander Wallberg, candidat diplômé de l’École d’Artisanat et de Design et Emma Wedel, titulaire d’un Master de l’École de Commerce, d’Économie et de Droit de Göteborg.

Construire des passerelles pour le design

La langue est-elle cruciale pour que le design ait du succès ? C’est en tout cas l’avis de l’équipe de pionniers de Göteborg qui construit des passerelles cognitives et linguistiques entre affaires et design dans le cadre d’un nouveau programme de formation basé sur la recherche.

« La langue et la communication sont au centre du processus de design », explique Ulla Johansson, économiste d’entreprise et professeure agrégée du nouveau Business & Design Lab (laboratoire d’affaires et de design) de Göteborg. « Les économistes pensent avec des nombres et des mots, alors que les designers ont une approche imaginative et visuelle. Ils pensent principalement avec des images. »

Nous nous rencontrons au campus Lindholmen de Göteborg, un environnement urbain récemment construit dans le quartier de l’ancien chantier naval, le long du fleuve. Le nouveau master de deux ans en Business & Design est le fruit d’une cooperation entre l’École de Commerce, d’Économie et de Droit (Handels) et l’École de Design et d’Artisanat (HDK), toutes deux rattachées à l’Université de Göteborg. Le programme fut lancé à l’automne dernier avec vingt étudiants, tous designers ou économistes diplômés.

« Mais tout a en fait commencé avec un bâtiment complètement différent », déclare Ulla.

Juste à mi-chemin entre ces deux établissements du centre de Göteborg se trouve un bâtiment bien connu communément appelé « Victory ». Il était vide lorsque le recteur de Handels et les responsables de l’époque de la HDK ont décidé de l’utiliser pour lier les disciplines de design et de management, dans un esprit de créativité productive. Quand Ulla Johansson – qui venait de l’Université de Växjö où elle avait travaillé sur des échanges similaires entre design et économie – a rejoint le programme en 2006, le projet a réellement décollé.

« La priorité était de mettre en place un environnement de création et de recherche », explique-t-elle. « Le domaine est tellement recent qu’il est important de faire sienne la plus intéressante et spécifique des expertises. »

Apprentissage empirique
L’apprentissage empirique est un principe-clé ; les étudiants effectuent une grande partie de leur travail dans le cadre de projets réels. Cette approche est facilitée par l’association de plusieurs enterprises partenaires et de Business & Design. Les projets aigus offrent une plate-forme commune permettant aux étudiants de se rencontrer malgré la diversité de leurs cultures d’origine respectives.

Les entreprises partenaires, qui sont de toutes tailles, participent également en mettant à disposition leurs ressources.

« Elles se chargent par exemple de la gestion de projets des étudiants pour les missions aigues », explique Henning Eklund, responsable des etudes et ancien designer industriel de la HDK. Les entreprises partenaires comptent des représentants des industries de l’automobile et des composants ainsi que du secteur des communications.

La première année a été une véritable revolution pour les étudiants pionniers.

Alexander Wallberg, qui a intégré Business & Design avec un diplôme de la HDK, estime qu’il a surtout appris à adopter un raisonnement plus méthodique et stratégique. En tant que designer, son approche était plus intuitive ; il avait appris à se fier à ses sensations.

« Par contre, j’avais moins tendance à chercher à expliquer et raisonner. » Emma Wedel est arrive au cours depuis la direction « opposée ». Elle était titulaire d’un master de la Handels, au cours duquel l’accent n’avait pas du tout été mis sur l’aspect intuitif.

« J’ai ouvert les yeux et réalisé qu’il n’était pas toujours nécessaire de tout analyser », dit-elle. « On peut être plus libre, se fier davantage à soi-même. En même temps, une grande partie du processus de design peut être transférée et directement appliquée au travail stratégique. »

Une approche commune
Ce sont précisément ces divers points de departs qui constituent le lien manquant dans le design contemporain, estime Kersti Sandin, autre acteurclé. Ancien professeur de design environnemental à la HDK, son expérience pratique de designer à succès et entrepreneur l’ont menée à créer une grande partie des connaissances transdisciplinaires à la base de la nouvelle formation. « Il est frequent que des compétences aux accents différents jouent un rôle dans le processus de design, mais aucune d’entre elles n’a une vue globale complète » penset- elle.

« Il nous faut construire une passerelle pour combler ce vide », déclare Kersti Sandin. Mais cela ne signifie pas que les économistes doivent devenir des designers et vice-versa. Il faut simplement qu’ils soient formés avec la même approche.

Grâce à une subvention de 40 millions de couronnes suédoises versée par la Fondation Söderberg, une chaire a été attachée à la formation et est actuellement en création.

En attendant, la reconstruction du « Victory », là où l’idée de départ est née, bat son plein. Le caractère de lieu de réunion transdisciplinaire émergera de l’intérieur ; tout le rez-de-chaussée est actuellement en rénovation pour être transformé en salon de design source d’inspiration. Dans la salle de réunion provisoire au Lindholm, on vibre déjà d’impatience.

Ingrid Sommar